Une contribution de Ugo Batini
Le succès immédiat des comics dès l’entre-deux-guerres s’explique en grande partie par le miroir que ceux-ci tendent à leurs jeunes lecteurs. Derrière les héros de papier ce sont les attentes et les doutes face à un rêve qui ne semble pas complètement tenir ses promesses qui transparaissent. Les buildings rutilants de la Metropolis de Superman ont alors bien du mal à occulter le tracé labyrinthique des rues de Gotham qui décrivent dans la chair même de la ville la vie de ses habitants. Lieu de désespérance autant que de renaissance, la rue devient le dernier endroit où un possible peut advenir. Le Batman, né sur les pavés sanglants de Park Row, incarne la fragilité d’un tel devenir qui peut enfanter aussi bien une chimère que commencer à panser les stigmates d’une société dévorée par la révolution industrielle.
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