Une contribution de Philippe Baudouin
Alors que la radio était sur le point de fêter sa troisième décennie d’existence, Gaston Bachelard est invité sur les ondes pour une « causerie » publiée plus tard sous le titre « Rêverie et Radio ». Si le studio d’enregistrement est un lieu propice aux revenances qui se laisse hanter par les spectres, le philosophe invite les hommes de la radio à se faire poètes des ondes. La parole poétique radiodiffusée guérirait les scléroses du langage, les souffrances psychiques et permettrait de trouver la sérénité du sommeil réparateur. Avant de plonger dans la nuit tranquille, le « rêve éveillé » rendu possible par les diffusions radiophoniques devient le « reflet de ce réservoir inépuisable où le sujet a accumulé, depuis sa naissance, ses angoisses, ses craintes, ses désirs, ses expériences ». Et si la radio nocturne s’entend comme le relais mystérieux entre deux mondes, c’est que l’obscurité constitue le berceau de l’imaginaire, espace de l’intime envahi par d’autres espaces faisant éclore une sorte de « solidarité des inconscients ».
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