Joséphine Dard par Vincenzo Susca
Une contribution de Vincenzo Susca
Ma petite Joséphine, C’est moi, ton parrain Vincenzo, qui t’écrit. Peut-être un jour réussiras-tu, toi, à scander mon nom en prononçant le z comme il convient à sa provenance linguistique… Je t’écris une lettre sur l’amour et non une lettre d’amour – je laisse cela à tes futurs prétendants. Tu es née il y a peu : que peux-tu me dire de l’amour à l’âge de six mois, toi qui t’exprimes avec la langue du sourire, des larmes et des grimaces ? Peut-être que ton silence abrite un savoir que nous perdons au moment où, en le changeant en mots, nous l’extériorisons. Par ce geste, sans doute un premier traumatisme se produit-il : la transformation d’une sensation en chose. Un éloignement du sentiment qui nous prive fatalement de lui. Dès lors, nous sommes à sa recherche, une quête constante, désespérée et passionnée. Chaque fois que nous écrivons à ce sujet, chaque fois que nous en parlons, nous distinguons son contenu tant désiré sans parvenir à le saisir. D’où la mélancolie de celui qui écrit. La mélancolie de l’écriture. Par conséquent, cache cette lettre aussitôt que tu la recevras et ne l’ouvre que pour ta satisfaction esthétique – le plaisir humain, pur et mystérieux, de se “gratter le coeur”, comme le dit Michaël V. Dandrieux. Ce n’est pas ici, ce n’est pas dans les lettres, que tu trouveras ce que tu cherches.
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