Hélène Strohl. Ying-Ju Lu (décembre 2011)
Une contribution de Hélène Strohl
Il est des sujets sur lesquels on a envie d’être grossièrement réactionnaire, c’est-à-dire en revenir à l’archaïque, à l’archétype, peut-être même à une forme de stéréotype. L’alliance cuisine et amour en est un, peut-être le plus emblématique pour la génération des seventies. Ne sommes nous pas les femmes à qui on a seriné, dès leur jeune âge, en tout cas dès leur majorité, que c’en était fini de la femme au foyer, de la femme aux fourneaux, voire de la femme aux seins allaitant. La femme n’est plus nourricière, peut-être d’ailleurs n’est-elle même plus mère. D’abord “femme” disent-elles ! Et pourtant, doit-on renoncer à la cuisine de l’amour, à l’expression par la nourriture préparée de l’amour que je lui porte, que je leur porte, de l’amour du monde ? Tant pis, je ferai mien l’adage selon lequel une femme attire l’homme par le sexe et le conserve par le ventre. La cuisine de l’amour est celle du féminin par excellence, elle est tout autre chose que la cuisine de l’amoureuse, que la cuisine de l’intime, elle est cuisine pour les autres, ancrée dans une communauté, cuisine d’un territoire et d’une histoire.
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