Illustrations de Lucille Olympe Haute
Une contribution de Ignacio Padilla traduite par Manuel Bello Marcano, Michaël V. Dandrieux
Illustrations de Lucile Olympe Haute
En ce temps là, Mary Anning était encore une petite fille, si petite et si fragile que l’on craignait de s’approcher d’elle, comme si un soupir aurait suffit à la démantibuler. Les seules marques visibles de ses excursions journalières vers la digue se trouvaient sur ses genoux qui dépassaient du biais de sa robe, et laissaient paraître les cicatrices qu’une enfance passée entre les vagues, les falaises pointues et les fossiles millénaires avaient tatoués comme une carte. Peu avant de faire sa connaissance, et alors que je l’attendais chez elle, je demandai à sa mère si elle n’était pas tourmentée par l’idée que sa fille pouvait être victime, un jour, d’un accident en bas des rochers, que sais-je, qu’elle se brisât une jambe ou bien qu’elle se fît piéger par les marées, incapable de remonter le mur de pierre sauvage qui, apparemment, avait déjà fait payer cher son imprudence à plus d’un nageur expert. Quand elle entendit cela, la femme me demanda de but en blanc si j’avais des enfants. Je lui répondis que non et elle sourit, satisfaite par la simplicité de son argument. Puis elle me tendit un cahier où sa fille avait dessiné les portraits de ses dernières trouvailles et s’en alla s’asseoir à coté de la fenêtre, sans autre forme de procès.
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