L’art ornemental scandinave et le navire d’Oseberg

Une contribution de Barbara Auger
, qui parle de Artisanat, Ruines & Vicking

A partir du VIIIème siècle, les écrits chrétiens font état de vagues de violences sur la Mer du Nord. Conduites par des barbares, fins guerriers et marins aguerris, elles envahissent l’espace maritime, sans gêne. En quête de reconnaissances territoriales et commerciales, les Vikings sont avant tout un peuple de marins.

Le navire d’Oseberg, près d’Oslo, en Norvège, représente le joyau de cette l’époque. Unique de par sa conservation exceptionnelle, ce bateau-tombe, daté de 820, se démarque par sa richesse ornementale. La frise finement sculptée qui court du ventre du vaisseau jusqu’à la volute de proue s’inscrit dans le style de l’art animalier scandinave. Hérité de l’Age de Fer germanique, il s’agit d’un style décoratif zoomorphe dont l’évolution graphique peu réaliste à l’époque viking rend l’identification des animaux difficiles. Fines, sinueuses et entrelacées à l’extrême, ces formes compliquées rappellent celles des serpents, des dragons ou même des chevaux.

Cet art de l’ornementation s’inscrit dans une culture développée par des artisans aux commandes des gens d’influence. D’abord navire d’apparat puis tombeau, le navire d’Oseberg, qui était le vaisseau de la reine Åsa, morte en 834, annonce le statut de sa propriétaire aussi bien sur l’eau que dans l’Au-Delà. Bien plus qu’un simple répondant technique à un problème donné, il est le garant de la vie. Dans l’imaginaire viking, fondé sur l’expectative d’une fin du monde prochaine, le bateau lui-même est animé d’un souffle vital et revêt des allures animales. Luttant contre une mer furieuse, c’est un navire mythologique qui sauvera la population du serpent eschatologique. Soucieux de transcrire cette métaphore, les scaldes les désignent par des termes tels que drekki, signifiant dragon et les sculpteurs les représentent sur la pierre avec des proues zoomorphes leur insufflant ainsi la vie. Aussi le luxe ornemental d’un navire tel que celui d’Oseberg s’investit-il d’un pouvoir bien plus phénoménologique que décoratif. Que ce soient des dragons, des serpents ou des chevaux, ce bestiaire sculpté dans ces entrelacs mouvementés constitue un pendant visuel de l’énergie vitale qui anime le vaisseau.

Les Scandinaves de l’époque viking n’ont de barbare que le nom issu de la perception chrétienne. Leur art ornemental témoigne, d’une part, d’un savoir-faire d’une haute précision technique et, d’autre part, d’un imaginaire pariant sur la vie plutôt que sur la destruction.

A propos de l'auteur

  • Barbara AUGER est née en 1983. Doctorante d’Histoire de l’Art au Centre de Recherche sur l’Imaginaire, elle étudie, sous la direction de Philippe Walter, la représentation médiévale des bateaux d’Europe du Nord afin de saisir l’impact des échanges interculturels sur l’imaginaire des peuples.