Dieu dit: Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour.
Genèse, 1:4

La séparation du jour et de la nuit est un phénomène objectif, même si les durées interstitielles varient selon les latitudes : la nuit tombe soudainement au Brésil quand en France elle s’installe insidieusement, « entre chien et loup » ! Cependant, bien au-delà du simple rythme de la journée, elle implique les dimensions symboliques et les structures anthropologiques de l’imaginaire collectif et de l’être-ensemble.

La culture moderne a toujours tenté de se protéger de la nuit. De ses dangers avec ses murs. De ses monstres avec ses explications. De sa sauvagerie avec ses écoles et ses Lumières. De ses perversions avec ses éclairages électriques. De ses coupe-gorges avec ses grandes artères. De ses sorcières avec son feu. La postmodernité, quant à elle, retrouve les énergies de la nuit obscure, pour le meilleur et pour le pire. En effet, si la vie civile repose sur le rythme du jour, c’est dans le royaume nocturne que les femmes et les hommes renouent dangereusement avec les imaginaires et les pratiques de l’ombre, stigmatisés par les savoirs et les pouvoirs institués.

Des cris nocturnes des oies du Capitole jusqu'aux nuits jaunes en passant par la nuit de la Saint Barthélémy, du 4 août 1789, la nuit de Cristal, l'édification du mur de Berlin au cours de la nuit du 12 au 13 août 1961 et les nuits Debout, les moments nocturnes jalonnent et rythment notre Histoire. Elle commence par la maîtrise du feu et, suivant la mythologie nordique, s'éteindra lorsque Fenrir engloutira le soleil. De la nuit des temps au crépuscule des civilisations, « chaque nuit est une menace d’éternité » disait Bachelard. L'obscurité est aussi le refuge des espèces sauvages, des monstres, des barbares et des anomiques. Le clair-obscur de l’existence chante les grandes permissions, les dépenses, les excès et les licences. La nuit sait accueillir.

L’imaginaire nocturne est le terreau de tout renouveau. C’est la nuit unanime de Borges qui cache le voyageur accostant par la barque. La nuit où se retrouvent en secret les amoureux, les clandestins, les réprouvés ; celle des expériences mystiques, des rencontres hasardeuses, des échauffourées et des processions, des feux de joie et des émeutes, des bals de villages et des boîtes de nuit, la nuit sans fin des clubbers, taxi drivers et sex-workers, la nuit des vampires, des loups garous, les nuits d’ivresse où se déploie pleinement la dimension onirique de l’existence. C’est aussi la Sainte nuit, celle qui porte conseils, d'où tout naît et où tout s’endort, le haut-lieu du merveilleux, cette « obscure clarté qui tombe des étoiles ».

Gilbert Durand décrit ainsi cette résurgence de l’imaginaire nocturne : « L’antidote du temps ne sera plus recherché au niveau surhumain de la transcendance et de la pureté des essences, mais dans la rassurante et chaude intimité de la substance ou dans les constantes rythmiques qui scandent phénomènes et accidents ». Qui sont-ils, dans la vie quotidienne, dans les villes et les campagnes, les spectacles et la vie intime, la vie concrète et les rêves, ces hérauts de la nuit ? Comment contribuent-ils à fonder et à modifier l’équilibre entre la lumière et l’obscurité ?

Sociologues, anthropologues, historiens, astrophysiciens, écrivains, photographes, illustrateurs, peintres, clubbers, poètes, couches-tard, dormeurs, rêveurs, peintres du noir et du clair-obscur, cataphiles, midnight snackers, somnambules, amoureux de la lune et des étoiles : ajoutez votre encre aux pages encore blanches du 10e numéro des Cahiers européens de l’imaginaire. Levez le couvre-feu ! Parlez-nous du régime nocturne de l’imaginaire, de la puissance de l’obscurité et de vos nuits.

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God said: Let there be light! And there was light. God saw that the light was good, and he separated the light from the darkness. God called the light day, and the darkness he called night. There was evening, and there was morning – the first day. Genesis 1-4

The separation of day from night is an objective phenomenon, even if the length of the interstitials do vary according to latitude: night falls suddenly in Brazil while in France it is more insidious – subtly creeping up on day until it is completely gone (hence the expression, “entre chien et loup”). The symbolic dimension and the anthropological structure of the collective imagination do, however, stretch far beyond the simple rhythm of day and night.

Modern culture has always attempted to protect itself from night. From its dangers, with walls. From its monsters, with explanations. From its savagery, with schools and the Enlightenment. From its perversions with electric lighting. From its cutthroat thieves’ alleys with great wide arteries. From its witches, with fire.
Postmodernity has, in turn, retrieved this obscure nocturnal energy. For better or for worse. If civil life belongs primarily to day, it is the realm of night that allows men and women to dangerously reconnect with their imaginary and with practices that have been relegated to darkness, and stigmatized by common knowledge as well as by the established authorities.

From the night calls of the geese at the Campidoglio, to the Nuit Jaune of the yellow vest movement, to the eve of Saint Bartholomew’s massacre, not to mention the night of August 4th, 1789, to Kristallnacht, to the night the Berlin Wall was built (between August 12th and August 13th, 1961), to the Nuit Debout protest, significant nocturnal moments in history abound.

It all begins with the mastery of fire and, according to Norse mythology, ends when Fenrir swallows up the sun. Since the dawn of time, “every night contains the threat of eternity,” according to Bachelard. The obscure is also the refuge for wild beasts, monsters, the barbaric and the anomic. The chiaroscuro of existence sings of the permissive, the licentious, of waste and excess. Night knows how to entertain.

The nocturnal imaginary is the soil of all renewal. It is Borges’ unanimous night that allows the traveller to disembark from his canoe without anyone noticing. Night is where lovers meet in secret, where the clandestine lurk, and the reprobate hide; it is a place of mystical experience, hazardous encounters, of clashes and processions, bonfires and riots, village dances and night clubs, the endless nights of clubbers, taxi drivers and sex-workers, vampires, werewolves, the drunken nights of inebriety where the dream-like dimension of existence can fully unfold.
It is also the Holy night, that which brings guidance, where everything is born and where everything falls asleep, the Mecca of the marvellous, the “obscure clarity that falls from the stars”.

Gilbert Durand describes the resurgence of the nocturnal imaginary in this way: “The antidote of time will no longer be searched for at the superhuman level of transcendence or at the purity of essence, but in the reassuring and warm intimacy of substance or in the rhythmic constants which mark phenomena and accidents”.
Who are they, in daily life, in town and country, on stage and in private, concrete life and in dreams, these heralds of the night? What part do they play in the founding (and modifying) of the balance between light and darkness?

Sociologists, anthropologists, historians, astrophysicists, writers, photographers, illustrators, painters, clubbers, poets, night owls, sleepers, dreamers, black and chiaroscuro artists, cataphiles, midnight snackers, sleep-walkers, lovers of the moon and stars: add your ink to the still white pages of the Cahiers européens de l’imaginaire’s 10th issue. Lift the curfew! Tell us about the nocturnal imaginary’s hidden regime, of the power of obscurity, of your night.

l GENESE: Dio disse: «Sia la luce!». E la luce fu. Dio vide che la luce era cosa buona e separò la luce dalle tenebre e chiamò la luce giorno e le tenebre notte. E fu sera e fu mattina: fu il primo giorno.

La separazione tra il giorno e la notte è un fenomeno oggettivo, anche se avviene in modi e tempi diversi a seconda delle latitudini: la notte cala improvvisamente in Brasile laddove nei paesi scandinavi vi sono notti che durano mesi! Tuttavia, al di là del puro ritmo della giornata, la notte riguarda e investe le dimensioni simboliche, le strutture antropologiche dell'immaginario collettivo e dell'essere-insieme.

La cultura moderna ha sempre cercato di proteggersi dalla notte. Dai suoi pericoli con le mura. Dai suoi mostri con le spiegazioni. Dalla sua ferocia con le scuole e con l’Illuminismo. Dalle sue perversioni con le luci elettriche. Dai suoi tagliagola con le arterie principali. Dalle sue streghe con il fuoco.

La postmodernità, dal canto suo, ritrova energia nella notte oscura, nel bene e nel male. Infatti, se la vita civile riposa sul ritmo del giorno, è nel regno notturno che le donne e gli uomini rinascono pericolosamente grazie ad immaginari e pratiche dell'ombra, stigmatizzati dalla conoscenza e dai poteri costituiti.

Dalle grida notturne delle oche del Campidoglio alle notti gialle dei Gilet Gialli, passando per la notte di San Bartolomeo il 4 agosto 1789, la notte dei Cristalli il 9 novembre 1938, la costruzione del Muro di Berlino tra il 12 e il 13 agosto 1961 e il movimento delle Notti in piedi, i momenti notturni scandiscono e punteggiano la nostra storia. Comincia con il controllo del fuoco e, secondo la mitologia nordica, si estinguerà quando Fenrir inghiottirà il sole. Dalla notte dei tempi al crepuscolo delle civiltà, "ogni notte è una minaccia di eternità", ha detto Bachelard. L'oscurità è anche il rifugio di specie selvagge, mostri, barbari e anomici. Il chiaroscuro dell'esistenza che celebra grandi dissipazioni, sprechi, eccessi e licenze che la notte sa come accogliere.

L'immaginario notturno è il terreno fertile per ogni rinascita. È la “notte unanime” di Borges che nasconde il viaggiatore che si accosta per sbarcare. La notte in cui gli amanti, i clandestini, i reprobi si trovano in segreto; la notte delle esperienze mistiche, degli incontri casuali, di scontri e di processioni, di falò e di tumulti, di feste di paese e di locali notturni, la notte senza fine di clubber, tassisti e lavoratrici del sesso, la notte di vampiri e di lupi mannari, le notti ubriache in cui si dipana la dimensione onirica dell'esistenza. È anche la Notte Santa, quella che porta consigli, da cui tutto nasce e dove tutto si addormenta, l'Alto Luogo del meraviglioso, questa "luce oscura che cade dalle stelle".

Gilbert Durand descrive questa rinascita della fantasia notturna: "L'antidoto del tempo non sarà più ricercato al livello sovrumano della trascendenza e della purezza della specie, ma nell'intimità rassicurante e calda della sostanza o nei ritmi costanti che scandiscono fenomeni e incidenti ". Chi sono nel quotidiano, nelle città e nelle campagne, negli spettacoli e nella vita privata, nella vita concreta e nei sogni, questi araldi della notte? Come contribuiscono a fondare e modificare l'equilibrio tra luce e oscurità?

Sociologi, antropologi, storici, astronomi, scrittori, fotografi, illustratori, pittori, poeti, frequentatori di discoteche, tiratardi e dormiglioni, sognatori, pittori del nero e del chiaroscuro, appassionati di catacombe e di spuntini di mezzanotte, sonnambuli amanti della luna e delle stelle: aggiungete il vostro inchiostro alle pagine ancora bianche del 10 ° numero dei Cahiers européens de l’imaginaire.

Alzate il coprifuoco! Parlateci del regime notturno dell'immaginario, della potenza delle tenebre e delle vostre notti.

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