La rue

Pendant que s’élaborait ce numéro des Cahiers, le 13 novembre 2015 l’actualité venait tragiquement illustrer l’intuition à l’origine du choix de ce thème : la rue est ce qui fonde, anime et abrite l’être-ensemble contemporain. Elle n’est plus seulement le creuset dans lequel puisent artistes et publicitaires, penseurs et poètes, musiciens et stylistes : elle est la scène privilégiée de la vie quotidienne, le cœur pulsant de nos sociétés. Qui sont, parmi les passants, les âneurs, les dandys, les street artistes, les rappeurs, les clochards et toutes les gures de l’ordinaire et de l’extravagance, les nouveaux protagonistes de cette rue à la fois matérielle et immatérielle, sensible et onirique, physique et électronique ? De quelles ambiances sont-ils la cause et l’effet ? De quel vivre-ensemble annoncent-ils la naissance ?

74 contributeurs, 7 sections ouvertes par des chasseurs d'Instragram. 58 essais, fictions & photographes. Sortez de chez vous.
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  • Crossing Avenue

    Crossing Avenue

    Édito

    Toute époque a ses hauts lieux, toute société se rassemble autour de certaines surfaces privilégiées, toute culture s’incarne en des espaces qui leurs sont propres. Cavernes, pilotis, catacombes, agoras, amphithéâtres, chemins de crètes et anfractuosités, chemins des villages, avenues et boulevards, terrasses des cafés et passages, écrans des médias : longue est la liste des formes qui accueillent, au fil des siècles, nos diverses manières d’habiter le monde. Comprendre ces dimensions primordiales de la vie est un enjeu fondamental pour qui souhaite saisir l’imaginaire qui préside à chaque condition historique – ses pratiques et ses mythes, ses rêves et ses hantises, ses mots incantatoires et ses fétiches. Qu’en est-il de notre époque ? Quelle est la matrice spatiale prédominante de notre sensibilité collective ? Dans quel lieu la société vient-elle se reconnaître ? Si la « grand-place » a été le berceau de la modernité occidentale, où peut-on trouver son équivalent contemporain ?
    Artistes, designers et sociologues en font l’expérience chaque jour ; romanciers, photographes et réalisateurs s’en inspirent sans cesse ; chercheurs de tendances, architectes et publicitaires l’ont compris depuis longtemps ; les éclats de la mode, luxe et underground confondus, sont sa caisse de résonance : c’est dans la rue que semblent prendre place à la fois les changements culturels, les vibrations émotionnelles et les grouillements sociétaux les plus marquants de ce début de millénaire.
    Le succès des nuits blanches et des défilés urbains, de la Love parade à la Techno parade en passant par la Gay pride, enmontrent l’aspect festif ; la vitalité des marchés, des vides greniers et des brocantes comme le retour aux rues commerçantes aux dépens des centres commerciaux soulignent la synergie qu’elle sécrète, quelque part entre le commerce des affects et celui des biens. La prolifération du street food, des pique-niques, des dîners en blanc et d’autres manièresde manger en marchant la transfigurent en table à ciel ouvert. Le triomphe du street art, du hip hop et du rap sont les signes flagrants de sa puissance esthétique, entre joie de vivre, anomie et subversion. La géolocalisation, les réseaux sociaux et les street views, ainsi que toutes les innovations liées à la ville augmentée la poursuivent et l’amplifient.
    Si la rue a été de tous temps un espace de rencontre, un lieu public, elle est désormais aussi un lieu de vie privée de même qu’elle pénètre, sous diverses formes, dans les intérieurs. La rue est la scène par excellence de la vie quotidienne. Lieu total où tout conflue : richesse et pauvreté, crimes et distractions, mendiants et dealers de drogue, fous et prédicateurs, jongleurs et politiques, prostituées et hipsters ; laboratoire où la mode se renouvelle, territoire où l’énergie sociale circule, espace où se déploient les libertés de la nuit, le tragique de la vie et les emplettes du jour, la rue est le théâtre d’un monde où œuvres et spectateurs, sujets et objets, villes et corps, avant-gardes et masse, intime et extime se mélangent.
    Scientifiques, savants, chercheurs en toutes disciplines, architectes, artistes, graphistes, conteurs et photographes répondent à ces questions : qui sont, parmi les passants, les flâneurs, les dandys, les clochards, les cyclistes, les performers et toutes les figures de l’ordinaire et de l’extravagance, les nouveaux protagonistes de cette rue à la fois matérielle et immatérielle, sensible et onirique, physique et électronique ? De quels environnements, de quelles ambiances et de quelles tragédies sont-ils la cause et l’effet ? Quel est le texte de leurs vies ? De quel vivre-ensemble annoncent-ils la naissance ? Pour son 8e numéro, les Cahiers esquissent le portrait d’un corps social pour lequel l’enjeu n’est plus de descendre dans la rue, mais « d’être la rue ».

    Vincenzo Susca (Rosamarina)
    Michaël V. Dandrieux (Paris)
    Directeurs éditoriaux des Cahiers

    Ogni epoca ha i suoi luoghi prediletti, ogni società si coagula attorno a determinate superfici, ogni cultura s’incarna in spazi specifici. Grotte, palafitte, catacombe, agorà, anfiteatri, gole e creste, sentieri, metropolitane, caffetterie, passages, schermi: è lunga la lista delle forme che hanno ospitato, nel corso dei secoli, i nostri differenti modi di abitare il mondo. La comprensione di tali dimensioni fondamentali della vita è una questione essenziale per tutti coloro che desiderano accedere all'immaginario che governa ogni condizione storica – le sue pratiche e i suoi miti, i suoi sogni e le sue ossessioni, i suoi incantesimi e i suoi feticci. E il nostro tempo? Qual è la matrice spaziale predominante della nostra sensibilità collettiva? In quale luogo la società giunge a riconoscersi? Se la "piazza" è stata la culla della modernità occidentale, quale può essere il suo equivalente contemporaneo? Artisti, designer e sociologi lo sperimentano tutti i giorni; romanzieri, fotografi e registi vi si ispirano incessantemente; ricercatori di tendenze, architetti e pubblicitari lo hanno capito da tempo; i cambiamenti della moda, dal lusso all’underground, sono la sua cassa di risonanza: è nella strada che sembrano trovare spazio, allo stesso tempo, i cambiamenti culturali, le vibrazioni emozionali e il brulichio societale più significativi di questo millennio.

    Il successo delle notti bianche e delle sfilate urbane, dalla Love Parade alla Techno Parade, passando attraverso il Gay Pride, ne mostrano l’aspetto festivo; la vitalità dei mercati, delle svendite e dei mercatini sottolineano la sinergia di antica memoria tra il commercio di relazioni e quello dei beni; la proliferazione dello street food, dei picnic, delle cene in bianco e degli altri modi di mangiare mentre si cammina la trasfigurano in una tavola all'aria aperta; il trionfo della street art, dell’hip hop e del rap sono i segni evidenti della sua potenza estetica tra gioia di vivere, anomia e sovversione; la geolocalizzazione, il social networking, lo "street view" e tutte le innovazioni legate alla città aumentata, la seguono e la amplificano: la strada è la scena per eccellenza della vita quotidiana, il luogo totale dove tutto avviene e dove tutti accorrono - ricchezza e povertà, crimini e distrazioni, mendicanti e spacciatori di droga, predicatori, folli, giocolieri e prostitute, politici e hipsters. Laboratorio dove la moda si rinnova, territorio in cui l'energia societale circola, spazio per eccellenza del tragico e del ludico, eccoci nel teatro senza pareti di un mondo in cui arte e pubblico, soggetti e oggetti, città e corpo, avanguardia e massa, si uniscono e si ritrovano.

    Il numero 8 dei Cahiers ritrae, interpreta e accompagna un corpo sociale per cui la posta in gioco non è più scendere in strada, ma "essere la strada".

    Vincenzo Susca (Rosamarina)
    Michaël V. Dandrieux (Paris)
    Direttori editoriali dei Cahiers

    Sommaire

    Meet Vittorio Parisi

    Vittorio Parisi est né en Italie en 1986. Il prépare son doctorat en Esthétique et Cultural Studies entre l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et la Columbia University de New York, sous la direction de Christophe Génin et Lydia Goehr. Ses intérêts académiques portent sur l’art urbain, la distinction entre _high art_ et _low art_, la perception de l’art contemporain par le grand public. Il est critique d’art pour le magazine _Artribune_ et co-directeur de la galerie Doppelgaenger de Bari, en Italie.