Technomagie

“Une civilisation dont la technologie est suffisamment avancée, est la magie de la civilisation suivante” croyait l’écrivain Arthur C. Clark. Notre civilisation, ajouta-t-il, est peut-être la première aux yeux de laquelle sa propre technologie est devenue magique. En 2011, avec vous, et peut-être avec tout le jeune XXIe siècle, le troisième numéro des Cahiers européens de l'imaginaire essaye de trouver la place de l'intelligence correctrice de l'homme parmi la démesure.

Notice
  • What went wrong : Undefined variable: item
  • file : /home/ceaqsorb/lescahiers/www/cei/content/issue/issue.html.php
  • line : 34
  • Notice
  • What went wrong : Undefined variable: date
  • file : /home/ceaqsorb/lescahiers/www/cei/content/issue/issue.html.php
  • line : 36
  • Le collage

    Eduardo Recife

    Édito

    À l’élève qui ne parvient à produire une œuvre qui ne nécessite ni ne tolère aucun ajout, le maître Zen répond “si tu n’y parviens pas, c’est que tu crois que ce que tu ne fais pas toi-même n’adviendra pas”

    “Une civilisation dont la technologie est suffisamment avancée, est la magie de la civilisation suivante” croyait l’écrivain Arthur C. Clark. Notre civilisation, ajouta-t-il, est peut-être la première aux yeux de laquelle sa propre technologie est devenue magique.

    Dans les objets de la modernité, le jeu des forces, les rouages laborieux relaient et acheminent une énergie vers un destin ingénieux. La technique est à échelle humaine, car nous avions l’idée qu’un objet brisé pouvait être réparé à l’aide de la logique et de nos mains. Ce fantasme du découpage et du caractère prédictif des événements, jusqu’aux paradigmes déterministes les plus audacieux, ont gouverné la science du 19e siècle, celui du démon de Laplace, cette créature philosophique qui connaîtrait l’état de l’univers et pourrait prévoir ses états futurs et retrouver ses états passés. Avec la modernité, notre envie de reproduire, ce don de mimétisme sur lequel reposaient autrefois les pratiques occultes, est devenue une envie de répéter, une manière de dire “Voilà ce qu’il en est, voilà comment cela s’appelle, voilà comment la chose est faite et voici sa place”. La technique moderne est un mode du dévoilement, une provocation de la nature, elle la met en demeure de livrer ses forces et produit des bobines et des engrenages pour la canaliser et l’accumuler.

    Puis, sans être d’abord un fait de grande importance, est venue cette idée que nous avons peu de pouvoir sur ce qui nous entoure, ou plutôt que les objets quotidiens sont animés par une force que nous ne comprenons pas toujours, qui nous est légèrement étrangère (qui vient d’un lieu mal éclairé). La technique a cessé d’être l’art du logos, l’instrument de la logique. Et peut-être est-ce pour cela que ces grands thèmes, l’étrangeté, la magie, le
    secret, la nuit, qui proviennent du vocabulaire des enfants, sont sur le bout de nos lèvres.

    Cette magie n’est la prestidigitation, c’est la magie telle que la craignait le 19e siècle de l’Abbé Migne, et qui est une manière de produire des effets merveilleux à partir de causes naturelles. Ce qui caractérise l’effet merveilleux, c’est justement l’impossibilité de le raccrocher à une chronique d’événements. L’idée que ce lien échappe à l’entendement, ou à la vue, ou aux nombreuses méthodes scientifiques qui se sont succédées et qui ont prouvé la fausseté de la méthode précédente, est proprement le cauchemar de la modernité.

    C’est justement à son apogée que la technique, promise à l’éclaircissement des mystères du monde, devenue lentement banale, quotidienne, invisible réinjecte dans le corps social les rites renversés, les magies familières et les merveilles inquiétantes : le magnétisme archaïque des chemins de ferraille, l’assimilation et le rejet des prothèses corporelles, le sacré dans le virtuel, le vaste réseau qui nous contient et nous dissémine, la liberté impie du Golem.

    Pour leur troisième numéro, les Cahiers européens de l’imaginaire écoutent parler les petits dieux échappés, que nous regardons vivre avec la curiosité terrible de les comprendre et une contemplation familière devant leur émancipation. À l’élève qui ne parvient à produire une œuvre qui ne nécessite ni ne tolère aucun ajout, le maître Zen répond “si tu n’y parviens pas, c’est que tu crois que ce que tu ne fais pas toi-même n’adviendra pas”.

    Michaël V. Dandrieux & Vincenzo Susca.
    Paris-Roma, décembre 2009.

    Sommaire

    Meet Hélène Strohl

    Hélène Strohl a été étudiante en théologie, professeur d’histoire puis inspectrice générale des affaires sociales. Elle est actuellement directrice des _Cahiers européens de l’imaginaire_ dont elle tient depuis le numéro 2 la rubrique « cuisine » ! Elle a publié avec Michel Maffesoli _La France étroite, face à l’intégrisme laïc, l’idéal communautaire_ (Éditions du Moment, Paris 2015).